Samedi 27 septembre 2008 6 27 /09 /Sep /2008 13:35
Il n'y avait rien. A des kilomètres à la ronde, c'était de la caillasse. Un paysage plat, ocre en bas et bleu en haut. Depuis des jours. Rien ne changeait depuis des jours, il commençait à se demander s'il ne marchait pas sur place.

Il avait perdu la notion des distances depuis longtemps. Il avait arrêté de compter les jours depuis longtemps. Il avait arrêté de parler tout seul depuis longtemps - économie de salive. Il n'avait vu personne depuis longtemps.

Il boitillait et trébuchait depuis plusieurs jours, à cause de toutes ces ampoules et ces brûlures à ses pieds.Il était vêtu de loques : un treillis déchiré, des Rangers aux lacets usés, une chemise sombre, tachée de sel et de poussière, une veste sur l'épaule, kaki et pleine de poussière elle aussi. Son sac en toile beige était vide de provisions et n'abritait plus qu'un ou deux vêtements, une gourde vide et des munitions pour le fusil qu'il tenait en bandoulière.

Il continuait son chemin vers nulle part péniblement. Malgré son visage brûlé, ses lèvres aussi sèches que les pierres autour de lui, et tout son corps irrité par la sueur et la crasse sur ses vêtements; il continuait. Il avait fini son eau l'avant veille. Depuis il tenait avec un fonds de Tequila de mauvaise qualité. Il s'était fixé comme objectif de la journée cet arbre mort, à l'horizon. Il manquait tomber tout les trois pas.

Il sentait qu'il ne tiendrait plus très longtemps. Il trouva encore la force de sortir une gitane. Une dernière cigarette. Il jeta le paquet, ou plutôt le laissa tomber derrière lui. Il marchait de façon mécanique.

L'arbre se rapprochait. Il se demanda comment un arbre avait bien pu pousser là un jour. En tout cas lui non plus n'avait pas survécu bien longtemps. A première vue, ça devait être un olivier. Il n'était plus qu'à quelques pas, et sans savoir pourquoi, il laissa tomber son barda et se mit à courir.

Une fois au pied de l'olivier, il écrasa sa clope sous sa bottine et s'écroula dos au tronc. Il faisait toujours aussi chaud, le soleil semblait vouloir rester perché à son zénith.

C'était la fin pour la bouteille aussi. Il la considéra un moment, indifférent, puis avala les dernières gorgées en leva la tête. Le soleil était éblouissant et il dû fermer les yeux un moment. La lumière perçait même ses paupières. Le liquide achevait de brûler sa gorge et d'assécher ses lèvres.

Tout en posant la bouteille à côté de lui, il ouvrit les yeux et découvrit au dessus de lui un olivier vert à souhait, plein de fruits noirs. Bizarrement, il ne se posa pas de questions. Il était simplement content d'être enfin à l'ombre. Ses forces étaient revenues et il se sentait étrangement bien. Il se leva et marcha un peu dans l'herbe. Il faisait bon. Une légère brise soufflait et faisait onduler les herbes folles qui recouvraient toutes ces collines. Ces collines ? Ici ? Il ne gardait qu'un vague souvenir de son périple, comme un rêve.

Sa petite balade, qui le menait il ne savait trop où, se prolongea dans un sérénité qui ressemblait au bonheur. Il ne savait pas où il allait, mais il savait qu'il allait quelque part.

Au milieu d'un bosquet de vieux chênes, il se trouva devant une porte.

Une belle porte blanche, ordinaire; et pourtant il en émanait quelque chose. Elle semblait donner sur l'autre partie du bosquet, comme si on avait oublié de construire la maison autour. Il sortait de la serrure un doux fumet. C'était le plat préféré du déserteur : un bon cassoulet à l'ancienne, comme le faisait sa défunte mère.

Cette porte était décidément rassurante, et l'accueillant bosquet de tout à l'heure s'était transformé en forêt sombre et froide. Il avait un peu de mal à respirer soudain, et de la buée sortait de sa bouche.

Il saisit la poignée en porcelaine et une lueur blanche et douce filtra par l'encadrement et la serrure. Il hésita ... puis il souffla une toute dernière fois.

Il ouvrit grand la porte et entra sans frapper. 
Par kamé léon
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